Inventaire à la Prevel

(…) Accompagné du guitariste Patrice Jania, tout en finesse pour esquisser les contours sonores des tableaux chantés, Dominique Prevel a fait montre de son indéniable aisance scénique.

L’artiste venu faire le deuil de ses anciennes ritournelles, en attendant de présenter prochainement sa nouvelle récolte, se livre en effet avec beaucoup de maturité dans un récital à son image, simple et sans artifice, qui reflète une personnalité des plus attachantes. Kermesse de jolis mots troussés avec un don indéniable pour ledétail qui tue, l’inventaire à la Prevel énumère l’air de rien, une succession d’émotions allant de rire aux larmes, du comique de situation aux tranches de vie teintées d’une émouvante nostalgie. Une causticité faussement innocente « puisqu’il nous faut bien rire », qui passent en revue nos petites méchancetés, délibérées ou gaffeuses, comme notre propension à la démagogie facile.

On savait le personnage fine plume, mais on a pu jubiler à le retrouver aussi juste dans l’exercice de la scène, très proche du comédien dans des histoires truculentes tenant du sketch de music-hall, gestes, mimiques et parodies vocales à l’appui (Renaud, Bruel, la vieille dame ou l’enfant…).

Drôle assurément mais pas que. Car Prevel sait tout autant dépeindre des souvenirs d’enfance passée à al campagne et ses „je me souviens“ nous plongent dans la ruralité de cette France d’hier en nous picotant le coeur. Dans un cas comme dans l’autre, pas de jeux de mots gratuits ni d’exercice poétique tarabiscoté. Juste la rigueur qui sied à tramer une évidence, à planter une proximité lumineuse. Tout le charme d’un auteur interprète sincère et fidéle qu’on a déjà hâte de retrouver bientôt, mais avec du tout neuf cette fois.

Source : Le Progrès